Qu'est-ce que la pierre de lave émaillée ? Une matière d'exception
Il y a deux ans, je ne connaissais absolument rien à la pierre de lave émaillée.
J'avais déjà vu des plaques de rue anciennes, des enseignes ou quelques tables d'orientation sans jamais imaginer qu'elles étaient réalisées sur une roche volcanique. Comme beaucoup de personnes, je pensais qu'il s'agissait simplement de métal émaillé ou de céramique.
Puis j'ai découvert cette matière. Une pierre née du feu, extraite de volcans vieux de plusieurs milliers d'années, sur laquelle des artisans appliquent des émaux colorés avant de la cuire à près de 1 000 °C. J'ai été fascinée.
Au fil de mes recherches, j'ai aussi découvert un artisanat français d'une incroyable richesse, mais pourtant très discret. Un savoir-faire rare, porté aujourd'hui par seulement quelques ateliers, alors qu'il réunit tout ce que j'aime : une matière naturelle, une fabrication entièrement artisanale, une durabilité exceptionnelle et un patrimoine qu'il serait dommage de voir disparaître.
La pierre de lave émaillée mérite d'être mieux connue. Non seulement pour ses qualités, mais aussi parce qu'elle raconte une histoire : celle d'un matériau français, d'un métier d'art exigeant et d'objets conçus pour durer bien plus qu'une vie.
Qu'est-ce que la pierre de lave ?
Avant d'être un support pour l'émail, la pierre de lave est avant tout une roche volcanique.
Lorsque la lave en fusion se refroidit lentement après une éruption, jusqu'à former une pierre dense, stable et particulièrement résistante.
Toutes les pierres volcaniques ne peuvent cependant pas être émaillées. Leur composition, leur densité et leur comportement à la cuisson sont déterminants. Pour résister à des températures proches de 980 °C sans se déformer ni se fissurer, la roche doit présenter des caractéristiques très spécifiques.
En France, la pierre utilisée par les émailleurs provient principalement d'Auvergne, et plus particulièrement des anciennes coulées volcaniques de Volvic. C'est cette pierre qui a bâti la réputation de l'émaillage sur lave français.
C'est au sein de la chaîne des Puys, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco depuis juillet 2018, que naît la pierre de lave que j'utilise.
On retrouve également des pierres compatibles dans d'autres régions volcaniques, notamment en Sicile autour de l'Etna. D'autres volcans dans le monde produisent des laves proches, mais la tradition française de l'émaillage sur pierre de lave reste intimement liée aux volcans d'Auvergne.
Extraction de la pierre en Auvergne dans les carrières 
L'émail : lorsque la roche rencontre le feu
Ce qui rend cette matière si singulière, c'est la rencontre entre une roche volcanique et l'émail.
Les couleurs sont préparées à partir de poudres minérales puis appliquées directement sur la pierre. La pièce est ensuite cuite dans un four à très haute température. Sous l'effet de la chaleur, l'émail fond, se vitrifie et fusionne avec la pierre.
À partir de ce moment, les couleurs ne sont plus simplement déposées en surface : elles font corps avec le matériau.
Chaque cuisson réserve une part d'inconnu. La température, le temps de cuisson ou même la façon dont l'émail réagit peuvent légèrement modifier le rendu final. C'est ce qui explique pourquoi deux pièces réalisées selon le même décor ne seront jamais parfaitement identiques.
J'aime beaucoup cette idée que le feu conserve toujours le dernier mot.
Pierre de lave apprêtée dessous, avec une première couche d'engobe, et émaillée au dessus avec une seconde cuisson
Une histoire profondément française
L'émaillage sur pierre de lave se développe véritablement au XIXᵉ siècle. Très vite, les qualités de ce matériau séduisent les villes, les architectes et les administrations.
Les plaques de rues, les enseignes, les tables d'orientation ou encore les panneaux patrimoniaux réalisés à cette époque sont souvent encore en place aujourd'hui. C'est sans doute la plus belle démonstration de leur durabilité.
Avec le temps, la pierre de lave émaillée est également entrée dans les maisons, sous forme de plans de travail, de mobilier, de décoration ou de plaques personnalisées.
Si son usage évolue, la technique, elle, reste largement artisanale.
Un métier d'art qui mérite d'être préservé
En découvrant cette matière, j'ai également découvert celles et ceux qui la font vivre.
Le métier d'émailleur sur lave demande une grande maîtrise technique. Préparer la pierre, appliquer les émaux, anticiper les réactions de la cuisson… chaque étape repose sur l'expérience et sur des gestes qui s'acquièrent au fil des années.
Aujourd'hui, on estime qu'il ne reste qu'une centaine d'artisans émailleurs sur lave en France. C'est très peu. Pourtant, chacun contribue à préserver un savoir-faire qui fait partie du patrimoine des métiers d'art français.
À une époque où de nombreux objets sont produits à grande échelle, il me semble important de continuer à faire vivre ces métiers qui privilégient le temps, la qualité et la transmission.
Plaque avec un effet cloisonné, l'une des techniques d'émaillage et celle que je privilégie
Une matière rare, pensée pour durer
Si la pierre de lave émaillée est aujourd'hui considérée comme un matériau haut de gamme, ce n'est pas seulement parce qu'elle est fabriquée à la main.
Elle réunit des qualités que peu de matériaux offrent simultanément : une résistance exceptionnelle au gel, aux UV, à la pluie ou au temps, des couleurs qui conservent leur éclat pendant des décennies et une fabrication artisanale qui rend chaque pièce unique.
Cette exigence explique aussi son coût. Entre l'extraction de la pierre, les différentes étapes de fabrication, les cuissons successives et le faible nombre d'ateliers qui perpétuent ce savoir-faire, chaque création représente plusieurs heures de travail.
On retrouve aujourd'hui la pierre de lave émaillée aussi bien sur des plaques de maison, des numéros de rue ou des enseignes que sur des œuvres d'art, du mobilier ou des réalisations architecturales.
Pour moi, son plus grand atout est ailleurs : elle nous rappelle qu'il existe encore des matériaux fabriqués en France, issus de notre territoire, transformés par des artisans passionnés et conçus pour traverser les générations.
Personnellement, je n'en suis qu'au début de ma pratique mais j'ai des tas d'idées pour utiliser la pierre de lave. Funéraire, décoration, diverses techniques...
C'est précisément ce qui m'a donné envie de travailler cette matière chez Wolcan. Parce qu'au-delà de sa beauté, je suis convaincue qu'elle mérite d'être mieux connue, utilisée et transmise.
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